Les jets d’éclats de lumière du siècle des lumières ne sont pas
parvenus à éclairer l’Afrique qui est restée noire. L’Afrique a ses réalités que la raison scientifique a du mal à sonder. Au Bénin, le président Boni Yayi arrivé au pouvoir en
2006 avec 75% de l’adhésion de ses compatriotes en âge de voter a aujourd’hui du mal à se faire accepter. A l’analyse, il saute à l’œil que ce nouvel état d’âme des Béninois n’est rien d’autre
que la conséquence de la somme des erreurs de l’actuel locataire de la Marina. Et demandez à Boni Yayi s’il est convaincu de ce qu’il fait et il ira jusqu’à vous brandir son parchemin
de doctorat en science économique et de gestionnaire d’une institution aussi prestigieuse que la Boad pour vous dire qu’il sait ce qu’il fait ou plutôt qu’il gère bien. Mais les faits sont
là aussi visibles que le nez dans le visage que Boni Yayi joue mal, très mal. L’affaire de l’incarcération du maire de Dangbo, arrestation de Séfou Fagbohoun, les exonérations faites
aux amis dans le cadre du sommet de la Cen-Sad.
Le limogeage de Soulé Mana Lawani avec un gros mensonge à la clé, les lacunes contenues dans les dossiers de la gratuité de la césarienne, de l’école… et la liste est longue pour montrer que Boni
Yayi a toujours été très mal inspiré quand il s’agit de prendre des décisions au nom de la République du Bénin. Tout ceci interpelle la conscience de tout patriote sur ce qui se passe
réellement au niveau du chef de l’Etat. Car il faut un miracle pour que le fruit du consensus qu’il fut en 2006 se mût progressivement en une colle pour fédérer toute l’opposition contre
lui seul. Boni Yayi est-il sous l’emprise d’une force invisible qu’il ne maîtrise pas comme c’est d’ailleurs la tradition chez nous en Afrique en général et en particulier au
Bénin, pays du roi Béhanzin ? Difficile de répondre à cette question et ce n’est d’ailleurs pas la peine de se perdre à éliminer hypothèse après hypothèse pour espérer tomber par le
fait du hasard sur la vraie piste. Néanmoins il est une réalité que Mathieu Kérékou qui est l’un des rares Béninois qui connaît bien ses compatriotes et surtout son ami de vieille date Fagbohoun
n’a pas cru devoir le mettre en prison sous son quinquennat.
On dit souvent chez nous en Afrique que l’enfant qui rêve d’une longévité ne s’amuse pas à monter sur un papayer. Yayi le turbo, le plus fort est parvenu à jeter comme s’il s’agissait d’un
malpropre, le milliardaire Séfou Fagbohoun en prison. Un digne fils holli venait d’être humilié et le Plateau, terre natale de l’ex- pensionnaire de la prison civile de Cotonou, a renfrogné
la mine. Les Béninois pardonnent souvent tout mais il y a des choses qu’ils préfèrent gérer autrement. Point n’est donc besoin d’épiloguer sur ce qui est invisible et qui certainement
le restera encore longtemps dans le large sourire que Fagbohoun a fait à Boni Yayi à leur première rencontre après sa sortie de prison. Bruno Amoussou, le chrétien qu’on appelle
affectueusement Renard de Djakotomey a, lui, aussi été une victime expiatoire du Changement de Boni Yayi.
En poussant Wologuèdè d’alors à aller vers Yayi au lieu de Adrien Houngbédji, Dadjè pouvait tout prévoir sauf l’humiliation dont il est aujourd’hui l’objet de la part de Boni Yayi. Le fils
de son village, l’enfant Amoussou, leader du peuple Adja venait ainsi de subir l’une des pires humiliations qu’il n’avait jamais prévu vivre au cours de son séjour sur cette planète. Et je
disais tantôt que les Béninois pardonnent tout mais il y a des choses qu’ils préfèrent gérer autrement. Trêve de commentaires. N’est-il pas temps pour Boni Yayi de demander publiquement pardon à
Séfou Fagbohoun, à Bruno Amoussou et les autres sans oublier que le Dieu de Soulé Mana Lawani gronde aussi vengeance ? Autrement, Boni Yayi n’est qu’au début de ses erreurs, lesquelles
l’aideront à s’éloigner davantage de son fauteuil en mars 2011.
Aboubakar TAKOU Article paru dans ''Le Béninois Libéré'' du mardi 20 octobre 2009