Vendredi 9 octobre 2009
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Haut lieu de savoir et grand carrefour de rencontre, l’université ne répond plus aujourd’hui de cette seule appellation. Au Bénin et tout particulièrement sur les nombreux campus publics et
privés de Cotonou, les jeunes étudiantes vivent une sexualité au crucifix. Parfois avec les moyens de l’Etat. A vrai dire, c’est un véritable vivier dans lequel puisent et ‘’grottos’’, nantis,
cybercriminels et même étudiants. Illustration.
Une des résidences du campus universitaire d'Abomey-Calavi
Vendredi. Dans le ciel clairsemé de la nuit, les étoiles brillent aux mille couleurs du campus universitaire d’Abomey-Calavi. Les mouvements d’étudiants se font de plus en plus constants. On
va. On vient. On discute. On échange. Ça bouillonne littéralement dans tous les sens. Mais dans cette ambiance universitaire, des intrus se font aussi distinguer. L’horloge vient d’afficher 21
heures. Autour d’une petite discussion sans intérêt devant l’une des résidences universitaires, un imposant véhicule 4X4 à immatriculation étatique s’immobilise. Le conducteur, un jeune homme à la
vingtaine environ ne compte pas descendre. Il émet un coup de fil. Il ne devrait pas en être le «propriétaire» mais sans doute un simple conducteur. Cinq minutes plus tard, trois jeunes étudiantes
le rejoignent, un petit sac de voyage à la main. Echanges, rires et au finish, l’une d’elles monte à bord non sans faire les bisous à ses deux copines. «N’oublie pas mon fromage sinon je te tue»,
lui lance l’une d’elles. Jusque-là, on n’y comprend pas grand-chose. Mais les échanges des autres filles nous permettront d’en savoir un peu plus. «J’espère qu’elle ne sera pas trop fatiguée pour
le partiel du mardi parce qu’elle rentre lundi soir et la route de Parakou fatigue beaucoup». Et c’est là que nous comprendrons alors que la fille qui venait de monter à bord de l’automobile était
en partance pour Parakou, une ville du Nord Bénin. Un voyage qui n’a rien à voir avec ses études. Elle y va pour jouer les compagnies galantes à un haut fonctionnaire qui soit se trouve en mission,
soit en weekend. Comme cette jeune fille, elles sont nombreuses à se prêter à cette activité. Et dans le débat général qui a suivi son départ, des informations fusent de toutes parts sur la vie
financière des étudiantes. Un véritable calvaire, doit-on imaginer. Car, aux dires des intervenants, ce cas n’est pas isolé et répond plutôt de la donne financière générale qui a cours sur les
campus universitaires du Bénin. Aussitôt on aperçoit un autre véhicule qui embarque deux autres jeunes étudiantes habillées très sexy. Il n’est qu’un peu plus de 21 heures et nous ne comptons plus
les véhicules à immatriculation étatiques ou non qui font la ronde. Les uns derrière les autres, ils ne cessent d’embarquer les filles. Un peu partout sur le campus ce soir, les mouvements de
véhicules se font incessants. Mais les jeunes aux motos n’en sont pas du reste. Les proprios des «Dream», «Wave» et deux roues de fabrication asiatique viennent aussi puiser de cet intarissable
vivier. Dans cette catégorie, les jeunes «ambianceurs» de Cotonou, vivant de la cybercriminalité se font nombreux, de même que des étudiants. Particularité : ils ont du pognon facile à dépenser. A
côté de ceux-ci, il y a ceux qui préfèrent une satisfaction sur place ou ce qu’on pourrait appeler une «livraison à domicile». A ce niveau, les résidences universitaires sont fortement sollicitées.
Dans les cas de partage de chambre, entre copines, le deal n’est pas souvent difficile à conclure. Quand l’étudiante X doit s’absenter, elle informe l’étudiante Y et le champ libre. Dans certains
cas, on assiste à une rotation ou à défaut, le «grotto» en quête de plaisir couvre la co-chambrière encombrante de cadeaux d’un soir, fait souvent de friandises, de croissants, de gâteaux, de pots
de yaourt et de «dèguè» pour qu’elle libère les lieux. Et c’est parti pour toute la soirée. Souvent, il faut attendre 22 heures pour les moins pudiques mais 23 heures, minuit voire une heure du
matin pour d’autres, avant que les demandeurs de ces services ne débarquent.
Qu’en disent les acteurs ?
La plupart des étudiantes s’adonnent à cette activité pour honorer leurs factures, s’acheter de nouveaux vêtements et parfois même pour payer leur scolarité. Sous le couvert de l’anonymat, un
responsable du Centre National des Œuvres Universitaires, nous a confié que ces jeunes filles généralement sans bourse d'études, sont souvent issues de familles modestes et que pour réussir dans
leurs études, elles n’ont que leur corps à vendre. «Le «grotto» est toujours prêt à vider son compte en banque pour maintenir la relation. Et ce sont souvent des filles belles et bien habillées et
qui n’auraient pas cette situation si elles mettaient la croix sur cette relation. On voit parfois qu’elles le font malgré elles», explique-t-il.
Etant encore sur place et poursuivant cette randonnée nocturne, nous aurons la chance de rencontrer un responsable d’étudiants dépêché dans l’une des cabines pour régler un problème de visites
intempestives d’une résidente et de musique qu’on joue à des heures indues sur un autre pallier. Sa mission terminée, nous l’abordons sur les pratiques extra-académiques qui ont cours à
l’université d’Abomey-Calavi. Sans ambages, il reconnaîtra qu’aussi «longtemps que le campus existera, on devra composer avec les apprenantes aux mœurs légères qui se prévalent d’une certaine
liberté pour agir de la sorte». Selon lui, il faut parfois les comprendre parce qu’il s’agit-là de leur seul moyen de survie et d’étude. Sur le même sujet, une autre étudiante d’un campus privé
pointera le doigt accusateur sur les résidences universitaires (inexistantes au niveau des universités privées). A l’en croire, la plupart des étudiantes inscrites en public font l’option des
résidences pour se soustraire à l’autorité parentale. Mais entre étudiantes sur ces campus publics, on se fait encore une guerre interne. Ici, on estime que celles inscrites en faculté ont plus de
disponibilité et ce sont elles qui s’illustrent dans ce «vagabondage» à haute intensité. Nous avons même été soumis à un classement par échelle faisant état de ce que les filles des facultés de
droit et de lettres sont beaucoup plus réputées pour cette pratique et se font plus de sous alors qu’au niveau des écoles, on estime que l’Ecole d’administration et de magistrature est en tête de
liste.