4 novembre 2009...] La Banque ouest africaine de développement (Boad) menace de mettre un terme à tout accord de financement de projets au Bénin. C’est l’une des conséquences des multiples reports par les autorités béninoises de la validation de l’accord de prêts entre la ville de Porto-Novo et la Boad déjà bouclé pour des travaux d’assainissement et de préparation du 1er août 2010 dans la Capitale. La Boad dirigée par notre compatriote Abdoulaye Bio Tchané pourrait être contrainte à rompre tous ses rapports avec le régime de Yayi Boni si rien n’est fait d’ici à 45 jours pour valider le dossier de financement d’un accord entre la ville de Porto-Novo et son institution. Une correspondance aurait été déposée depuis quelques jours déjà sur la table du chef de l’Etat à cet effet. La mairie de Porto-Novo semble avoir été aussi informée de la décision qui frappera, dit-on, toutes les autres communes du Bénin qui envisagent de coopérer avec l’institution de l’ancien Directeur Afrique du Fonds monétaire international (Fmi) pour les aider à conduire à bien des projets de développement. L’information fait déjà le tour du pays et aurait beaucoup gêné certaines personnalités politiques dans l’entourage immédiat du président Yayi Boni. Mais, elles ne peuvent rien pour ramener le chef de l’Etat très mal conseillé à la raison. Cette menace de couper définitivement le robinet à la République du Bénin est la conséquence, dit-on, de la politisation à outrance des enjeux de développement sous le régime du Changement. Yayi refuse de jouer sa participation De quoi s’agit-il en effet ? Courant juillet et août 2009, le maire de la ville de Porto-Novo à la tête d’une forte délégation, débarque à Lomé et réussit à décrocher le financement de plusieurs travaux d’assainissement et d’embellissement de la Capitale du Bénin en prélude aux festivités devant marquer le cinquantenaire de l’accession du Bénin à la souveraineté internationale. Après le succès des premières négociations, la délégation a été, à nouveau, reçue le 24 septembre 2009 au siège de la Boad à Lomé pour finaliser l’accord avec son président Abdoulaye Bio Tchané et parapher les documents officiels. Au terme de fructueux échanges, un délai de 90 jours a été retenu de commun accord par les parties pour libérer les fonds. Mais avant, le gouvernement béninois devra jouer à l’endossataire pour la ville de Porto-Novo. Dans le but de donner la preuve de la crédibilité de la mairie et sa capacité à rembourser le crédit. Un acte obligatoire avant que la Boad ne libère les fonds qui ont été estimés à quatre milliards de francs cfa. Et pour bénéficier d’une telle confiance, la mairie de Porto-Novo s’est dépêchée de fournir au gouvernement les pièces nécessaires. A la fin du mois de septembre déjà, tous les documents, dit-on, étaient sur la table du président Yayi Boni pour l’encourager à soutenir l’action. Mais jusque-là, on attend toujours une réaction du côté du Palais de la Marina où ce dossier ne semble pas être à l’ordre du jour. Après plus d’un mois en effet, c’est toujours le statut quo. Ce qui inquiète sérieusement la partie togolaise qui a dû relancer sans suite un certain nombre de fois le gouvernement Yayi Boni et la mairie de Porto-Novo. Joint, un fonctionnaire de la présidence affirme avoir eu vent du dépôt dans un délai raisonnable des documents réclamés au maire Moukaram Océni. Selon ce fonctionnaire qui a préféré garder l’anonymat, un exemplaire des photocopies des mêmes pièces avec accusé de réception serait également renvoyé à la Boad pour justifier de la bonne foi des autorités de Porto-Novo. Pour un autre fonctionnaire, ce sont les positions que le maire de Porto-Novo ne cesse de prendre contre le régime Yayi Boni qui ne permettent pas au gouvernement de répondre positivement au besoin. Ce qui signifie clairement, selon lui, que le gouvernement ne prendra pas d’engagement à ce sujet. Du côté du service de la coopération décentralisée de la ville de Porto-Novo, on s’indigne du fait que le gouvernement joue à la discrimination quand ce sont ses « adversaires politiques » qui posent des actes de développement. Surtout qu’avec cette situation qui va de mal en pirs, les conséquences sont énormes pour le Bénin. Parce qu’à l’allure où vont les choses, ce n’est pas seulement la Capitale qui sera sacrifiée mais tout le pays. Vers l’annulation de l’accord de financement Cet accord de financement pour l’assainissement et l’embellissement de la Capitale pour la préparer à bien accueillir les manifestations du 1er août 2010 pourrait être annulé dans les prochaines semaines. Toutes les conditions sont presque réunies. D’ailleurs, c’est ce qui se mijote déjà du côté de Lomé. Selon certaines sources proches de l’institution que dirige le Béninois Abdoulaye Bio Tchané, c’est seulement l’expiration du délai des 90 jours décidé après la signature de l’accord que la partie togolaise attend pour fermer définitivement cette page. Pour l’instant, les autorités béninoises vont boucler le vendredi 06 novembre 2009, la moitié du délai de retard, soit 45 jours. Cependant, elles ne font visiblement rien pour rattraper le temps perdu. Selon les mêmes sources, l’ultimatum que la Boad vient de lancer aux autorités au sommet de l’Etat et à la mairie de Porto-Novo devrait leur permettre de mesurer l’ampleur des risques qu’elles font courir au pays. Mais, hélas ! Et de toutes les façons, si rien n’est fait jusqu’à deux semaines avant l’expiration du délai, un autre message devrait, dit-on, leur être envoyé pour attirer l’attention du Bénin sur la situation avant un black out total sur toutes les demandes d’accord de prêts et de financement de projets venant de Cotonou. Les travaux en cours pour la construction et le bitumage de la route Djougou-Ouaké-frontière togolaise prévus pour être financés à hauteur de 68% par la Boad pourraient aussi en souffrir, apprend-on des mêmes sources. Et la cellule de communication de l’institution fera, toutes les fois que de besoin, connaître les raisons qui motivent ses décisions contre les intérêts du Bénin où seuls les nouveaux maîtres du pays savent les raisons pour lesquelles ils confondent politique politicienne et développement. Jean-Christophe Houngbo (Br. Ouémé/Plateau) |