Tempête blonde sur la France… La chevelure de Jean Sarkozy, fils du Président français Nicolas Sarkozy, est à la une de tous les médias en France. La chronique de son élection annoncée à la tête de l’Epad, organisme de gestion du quartier d’affaire de La Défense, lui vaut une critique acerbe, y compris d’une partie de la majorité parlementaire. Les accusations de népotisme se sont faites en quelques jours de plus en plus vives, et la presse internationale s’est à son tour emparée du sujet pour moquer le « prince Jean ». Nicolas Sarkozy, qui a lui-même dirigé l’EPAD de 2005 à 2006, se retrouve dans une situation difficile à gérer. Jean Sarkozy n’est pas le premier fils de président français à entrer en politique. La moitié des enfants de présidents français de la Ve République, et même l’intégralité de leurs descendants mâles ont sauté le pas vers l’action publique, selon le décompte de Slate.fr. Ils n’ont pas toujours réussi à percer pour autant. Des exemples de réussite L’ambition de Jean Sarkozy est comparée, par un certain nombre d’acteurs médiatiques et politiques, avec le comportement de plusieurs fils de présidents africains. Actualité oblige, Ali Bongo est l’exemple le plus cité. Son lien de filiation avec feu le Président gabonais Omar Bongo est certes contesté par certains, à l’image du candidat Bruno Ben Moubamba sur son blog, mais Ali a bien bénéficié de son nom pour prendre le pouvoir. Selon l’opposition, il a de plus été aidé pour convaincre les juges constitutionnels de son bon droit par sa belle-mère, également présidente de la Cour constitutionnelle. Comme souvent avec les « fils de », Bongo fils est considéré par beaucoup comme une pâle réplique de son père. Ali rejoint ainsi le Président de RDC Joseph Kabila dans le club très fermé des « fils de » aux affaires. Kabila fils suit les pas de son père, Laurent-Désiré, en devenant son conseiller militaire lors de la guerre civile contre le dictateur Mobutu Sese Seko. Il reprend le flambeau en 2001, après l’assassinat de Kabila père, et n’est officiellement élu que 5 ans plus tard, en 2006. Il reste critiqué comme un relatif étranger, car, à l’image d’Ali Bongo, il parle français mais ne pratique pas les langues vernaculaires. Faure Gnassingbé a lui aussi de qui tenir : son père, Gnassingbé Eyadéma, a pris la tête du Togo en 1967, alors que Faure n’était âgé que d’un an. En 2002, Eyadéma modifie la constitution, afin de permettre à son fils, alors âgé de 35 ans, de pouvoir prétendre à la présidence. Il agit ainsi en bon père de famille puisqu’il meurt en effet d’une crise cardiaque en 2005. Tout comme son père 38 ans plus tôt, Faure prend le pouvoir par un coup d’Etat militaire. Une simple accélération du processus de désignation, selon ses vues. Des candidatures en attente de validation Nombreux sont ceux, parmi les présidents africains, qui planifient d’ors et déjà leur succession de façon dynastique. Et on sait que la période de transition post mortem n’est pas facile. Il suffit pour s’en convaincre de voir l’opposition farouche apparue au Gabon entre les anciens « frères », Ali Bongo et André Mba Obame, après la mort d’Omar. Les ambitions personnelles se font hélas plus fortes que le respect de la mémoire du chef, aussi vaut-il mieux bien préparer son départ. En Lybie, la famille de Mouammar Kadhafi est sacrée. Le guide libyen est ainsi entré dans un violent conflit diplomatique avec la Suisse suite à l’arrestation de son fils Hannibal, soupçonné d’avoir molesté des employés de l’hôtel où il résidait. Mais c’est le moins médiatique Seif al-Islam Kadhafi qui semble promis à la succession, parmi les huit enfants de Mouammar. Relativement critique du bilan de son père, il s’est engagé depuis 2007 dans une démarche de réformes. Mouammar Kadhafi s’est ému début octobre du fait que Seif al-Islam ne possède pas encore de poste officiel, estimant que son propre travail s’en trouvait perturbé. Le guide libyen devrait sous peu retrouver la paix de l’esprit. Le voisin égyptien semble également sur une pente monarchique. L’opposition est persuadée que Gamal Moubarak, fils du Président, se présentera en 2011. Hosni Moubarak laisse tout de même planer un savant doute : peut-être se représentera-t-il lui-même pour un huitième mandat… En 2005, Gamal a dirigé la campagne de réélection de son père. Il occupe par ailleurs un poste au sein du Parti national démocratique (PND). Le Président sénégalais Abdoulaye Wade manie, avec la même subtilité qu’Hosni Moubarak, l’ambiguïté quant à l’échéance de 2012. Peut-être briguera-t-il un troisième mandat, à l’âge de 87 ans… à moins qu’il ne laisse son ministre de fils, Karim Wade, candidater à sa place. Idrissa Seck et Macky Sall, anciens Premiers ministres, avaient un temps espéré obtenir l’intronisation. Mais le sang importe, pour « Gorgui » (le « vieux » en wolof). A Brazzaville, le Président congolais Denis Sassou Nguesso pense sérieusement à suivre l’exemple de feu son beau-fils Omar Bongo. Son enfant Denis Christel Sassou Nguesso, responsable du pétrole congolais, est passionné par la sape. Il aime plus largement à impressionner en dilapidant l’argent public. « Kiki » prépare, à la direction du Pôle des jeunes républicains (PJR) un brillant avenir à la tête de son pays. Considérations techniques et morales Il est important de préciser qu’avant de préparer son héritier à accéder au trône, le dirigeant autoritaire se doit d’assoir sa propre position par la pratique du « tripatouillage de constitution », afin de se libérer de la contrainte d’un nombre limité de mandats. Ce n’est qu’une fois confortablement installé qu’il peut commencer à penser à ses enfants. D’aucuns diront que ce palmarès manque cruellement de femmes. Il semble en effet que la loi salique s’applique de manière implicite dans les tractations de succession. La pratique népotique n’est bien entendu pas l’apanage des dirigeants africains, et on peut la retrouver sous une forme ou sous une autre dans un certain nombre de pays du Nord, même parmi les plus démocratiques. Pour ne prendre qu’un exemple récent et marquant, George W. Bush doit une majeure partie de sa carrière politique à celles de son père George H. W. Bush, président avant lui, et de son frère Jeb Bush, gouverneur de Floride au moment de l’élection présidentielle de 2000. Même s’il n’est pas question ici de prétendre établir de comparaisons trop hasardeuses, un point commun remarquable mérite d’être mis en avant dans la défense des « fils de ». Dans une tribune sur les fils Wade et Sassou Nguesso parue sur Afrik.com, au point de vue par ailleurs respectable, Bedel Baouna avance que « c’est un déni de démocratie que de les disqualifier d’avance, sous prétexte qu’ils sont fils de présidents ». Dans une entrevue au Figaro ce vendredi, le Président Nicolas Sarkozy défend son fils Jean en ces termes : « 45 conseillers […] élus au suffrage universel […] ont […] le droit de postuler à un poste d’administrateur à l’Epad. Sauf un ! Et pourquoi ne le peut-il pas ? Parce qu’il est mon fils ». Crédit photo : Flickr - Jean Sarkozy/ Ammar Abd Rabbo |