Profil

Catégories

Recherche

Samedi 17 octobre 2009 6 17 /10 /2009 05:45

Nombre de filles restent encore bloquées dans leur cursus scolaire dans certaines contrées du Bénin. Leur malheur est d’avoir trop tôt poussé les seins. Un phénomène économique souvent facilement relégué dans les rubriques faits divers. Enquête au cœur d’une pratique rétrograde et inacceptable dans une économie qui a l’ambition d’être un jour, émergente.



On peut lire l'inquiétude dans le regard de cette jeune écolière béninoise
On peut lire l'inquiétude dans le regard de cette jeune écolière béninoise

Une gargote, au quartier Abarika, à Parakou, deuxième grande ville à statut particulier du Bénin. L’affluence y est bien grande ce jeudi après-midi. Nombre de personnes attendent d’être servies par les trois jeunes filles commises par la maîtresse des lieux à cette tâche. Assise sur un tabouret, Mâ Irma, suit de loin les faits et gestes de ses protégées. Apparemment, elle ne trouve rien à leur reprocher. Sauf les exhorter à vite servir ses clients. Aïcha et Léilatou, les dernières recrues se débrouillent pas mal. Derrière le sourire que leur arrachent par moment les clients, se cachent des histoires plutôt attristantes. «Elles ont fui leur famille pour éviter le mariage forcé. Les parents ont voulu les marier alors qu’elles évoluaient bien en classe», confie la tenancière de la gargote. En transit à Parakou, les deux jeunes filles qui viennent d’horizons différents ne jurent que par l’école. «J’ai quitté Boukoumbé (commune située au nord ouest de Parakou) pour échapper au désir de mon père de me marier à l’un de ses proches qui pourrait avoir son âge. Non seulement il avait deux femmes mais aussi beaucoup trop d’enfants», explique Aïcha, l’air dégoûté. En classe de CM2, elle espérait passer son certificat d’études primaires avec succès jusqu’au jour où son père l’informe qu’elle devrait mettre fin à son cursus scolaire pour se consacrer à son homme. Son refus lui a valu toutes les violences. «J’ai été battue presque à mort par ma famille qui considère cette opposition comme une désobéissance», se rappelle-t-elle les yeux embués de larmes. Les traces de coups de bâton sont encore visibles sur son dos. La balafre qu’elle porte à sa joue gauche n’est pas le fait d’un acte rituel. «C’est un coup de lanière reçu au cours de ma bastonnade». Léilatou, elle par contre, n’a pas attendu le moment fatidique pour prendre la clé des champs. «J’ai vu la menace venir d’autant plus que mon tuteur, depuis la mort de mon père, ne cessait de me rappeler que j’étais déjà prête à rejoindre mon futur époux. C’est le fils aîné d’un de ses proches», confie-t-elle, l’air affecté. Epuisée certes par les incessants mouvements de la journée, elle trouve la force nécessaire pour raconter sa mésaventure. Tout comme Aïcha, elle a longtemps couru à travers les champs avant d’atteindre la route et se trouver une occasion pour regagner Parakou, précisément chez Mâ Irma, sa Bonne Samaritaine.  





Par Richard Boni Ouorou - Communauté : FORUM - LIBRE EXPRESSION
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Partager    
Retour à l'accueil
 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés