Une gargote, au quartier Abarika, à Parakou, deuxième grande ville à
statut particulier du Bénin. L’affluence y est bien grande ce jeudi après-midi. Nombre de personnes attendent d’être servies par les trois jeunes filles commises par la maîtresse des lieux
à cette tâche. Assise sur un tabouret, Mâ Irma, suit de loin les faits et gestes de ses protégées. Apparemment, elle ne trouve rien à leur reprocher. Sauf les exhorter à vite servir ses
clients. Aïcha et Léilatou, les dernières recrues se débrouillent pas mal. Derrière le sourire que leur arrachent par moment les clients, se cachent des histoires plutôt attristantes.
«Elles ont fui leur famille pour éviter le mariage forcé. Les parents ont voulu les marier alors qu’elles évoluaient bien en classe», confie la tenancière de la gargote. En transit à
Parakou, les deux jeunes filles qui viennent d’horizons différents ne jurent que par l’école. «J’ai quitté Boukoumbé (commune située au nord ouest de Parakou) pour échapper au désir de mon
père de me marier à l’un de ses proches qui pourrait avoir son âge. Non seulement il avait deux femmes mais aussi beaucoup trop d’enfants», explique Aïcha, l’air dégoûté. En classe de CM2,
elle espérait passer son certificat d’études primaires avec succès jusqu’au jour où son père l’informe qu’elle devrait mettre fin à son cursus scolaire pour se consacrer à son homme. Son
refus lui a valu toutes les violences. «J’ai été battue presque à mort par ma famille qui considère cette opposition comme une désobéissance», se rappelle-t-elle les yeux embués de larmes.
Les traces de coups de bâton sont encore visibles sur son dos. La balafre qu’elle porte à sa joue gauche n’est pas le fait d’un acte rituel. «C’est un coup de lanière reçu au cours de ma
bastonnade». Léilatou, elle par contre, n’a pas attendu le moment fatidique pour prendre la clé des champs. «J’ai vu la menace venir d’autant plus que mon tuteur, depuis la mort de mon
père, ne cessait de me rappeler que j’étais déjà prête à rejoindre mon futur époux. C’est le fils aîné d’un de ses proches», confie-t-elle, l’air affecté. Epuisée certes par les incessants
mouvements de la journée, elle trouve la force nécessaire pour raconter sa mésaventure. Tout comme Aïcha, elle a longtemps couru à travers les champs avant d’atteindre la route et se
trouver une occasion pour regagner Parakou, précisément chez Mâ Irma, sa Bonne Samaritaine.