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Le ministre Issifou Takpara interpellé
Les centres publics de santé du Bénin sont pires que ceux d’un pays nouvellement sorti de la guerre et qui est en manque cruel de matériels de soins. Au Centre national hospitalier universitaire Hubert Koutoukou Maga de Cotonou par exemple, un centre dit de référence, il n’y a pas de matériels propres à l’utilisation escomptée. La sortie des praticiens hospitaliers du CNHU nous aura donc permis de nous rendre compte de la réalité : il n’y a pas de simples ciseaux médicaux pour couper le cordon ombilical à la naissance, sauf peut-être de vieux ciseaux rouillés qui, plutôt que de préserver la vie, auront vocation à tuer en inoculant le tétanos aux nouveaux-nés. Les Béninois ont pu suivre à la télévision, scandalisés, que les salles d’accouchement et peut-être également les autres services de nos hôpitaux publics fonctionnent avec des matériels rouillés. Autrement dit, ces centres sont des lieux de transmission de maladies, au lieu d’être des lieux de guérison. Car il ne sied plus d’appeler hôpital un lieu où il faut mettre de l’eau sur une paire de ciseaux ou un autre matériel médical atteint par la rouille pour les rendre utilisables, ceci parfois en pleine intervention chirurgicale.
Voilà mon pays, le Bénin. Un pays où l’Etat refuse délibérément de soigner ses citoyens ; un pays où l’Etat assassine ses fils, par déni de santé. Un pays où l’hôpital dit de référence manque du minimum, tandis qu’en face, juste à quelque mètres, il y a une nouvelle bâtisse de la Présidence de la République, construite à plus de 15 milliards de FCFA, surtout avec une épaisse clôture presqu’entièrement en béton. Certainement parce qu’il est plus possible de toucher des pots-de-vin dans le ciment que dans les matériels de santé adéquats et modernes.
Dès lors, on comprend les praticiens hospitaliers dans leur lutte qui s’est radicalisée en grève sans service minimum pour compter du 1er décembre 2009. C’est à croire que personne ne s’émeut lorsqu’il y a grève dans le domaine de la santé, un secteur sensible et vital. Or la vérité est que les conditions actuelles de travail dans ce secteur sont désastreuses et nécessitent une lutte quotidienne contre la pénurie. En effet, l’article 4 de l’ordonnance N°73-14 du 8 février 1973 instituant le code de déontologie médicale dispose qu’ « en aucun cas, le médecin ne doit exercer sa profession dans des conditions qui puissent compromettre la qualité des soins et des actes médicaux ». Le fait pour eux de continuer à exercer leur métier dans les conditions actuelles de nos hôpitaux est purement et simplement en désaccord avec cet article de leur code de déontologie.
Lire ci-dessous certaines de leurs déclarations assez troublantes sur leurs conditions de travail.
Amoussou Guenou Marcellin :
« Ici, comme vous le voyez, c’est des pinces qui datent de la création du Cnhu »
Kiki Ahouandjinou, membre du Cph
« Nos revendications prioritaires à l’heure actuelle concernent :
L’équipement des hôpitaux à hauteur de 5 milliards, l’adoption et l’application des décrets portants statuts des praticiens hospitaliers et des hospitalo-universitaires, la mise en œuvre de la 2ème clause du protocole d’accord du 22 mai 2008 concernant le logement des médecins et l’incitation à la fonction hospitalière, la revalorisation des indemnités de risque au personnel paramédical, la prise de l’arrêté concernant les gardes et astreintes, la mise en application des conclusions de la commission interne du 26 mai 2008 portant sur la nomination des responsables à la tête des établissements hospitaliers, le recrutement d’au moins 50 médecins dans les établissements hospitaliers publics et le reversement dans la fonction publique des contractuels locaux, le rétablissement transitoire sans délai du conseil d’administration du CNHU conformément aux statuts en vigueur, la prise du décret portant restructuration de l’espace hospitalier universitaire ».
Docteur Hans Marie-Reine Houinsou
Actuellement, on ne peut pas faire une radio pulmonaire à l’hôpital de Porto-Novo. Il y a eu des mois où on n’a pas pu faire la glycémie et on est obligé d’envoyer les malades à la CM. C’est le monde à l’envers.
Témoignage du Docteur Cohovi Dètongnon
Si on montrait nos boîtes d’accouchement aux patients ou aux maris des femmes que nous recevons, ils ne voudront jamais faire accoucher leur femme dans nos centres parce que tout est attaqué par la rouille. Les ciseaux ne peuvent même pas couper le cordon ombilical. Les pinces elles sont dans un état de dégradation très avancé et on n’arrive pas parfois à les décoincer et nous sommes souvent obligés d’ajouter de l’eau en pleine intervention chirurgicale.
Publié le 11/12/2009 à 14h35